Entrevue avec le t-shirt Propre

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Interview avec Fabien du t-shirt Propre

J’ai pu librement échanger avec Fabien, cofondateur de la marque le t-shirt Propre à propos de son projet, sa vision et ses envies. Morceaux choisis :

Pourquoi avoir crée son entreprise? simplement l’envie d’entreprendre ?

L’envie d’entreprendre, c’est pour deux raisons : La première c’est d’un point de vue personnel. L’idée de travailler où je veux, quand je veux, avec comme seuls outils un ordinateur et une connexion wifi m’attire beaucoup. C’est une porte d’accès vers plus de liberté et d’autonomie. Et puis il y a le côté aventure. C’est vraiment l’ascenseur émotionnel, avec des périodes où tout va bien, où tout nous sourit, et d’autres où tout se passe mal, où on a l’impression que c’est la fin.

La plus marquante pour moi, ce sont les trois semaines à cheval sur la fin de notre campagne de crowdfunding en Juin 2016 : La campagne se termine et tout s’est parfaitement déroulé, même trop bien, on fait 11 fois notre objectif de départ, 6 mois de travail qui prennent forme, c’est l’euphorie. Du coup, on commence à produire, et au bout d’une semaine, ça devient ingérable pour notre couturière. 11 fois plus de travail que prévu, elle bosse jour et nuit, le tout fait trop rapidement, et cette précipitation se voit sur les t-shirts. On est obligé d’arrêter cette collaboration. Là, on passe à la panique. 1000 t-shirts à produire, des clients qui attendent, et 5 mois de recherche dans un circuit de production qui tombent à l’eau. On est mal … Je reprends ma voiture et repars sur la route pour trouver un atelier de confection en étant conscient qu’on a mis 5 mois à trouver la première fois. Sauf que là, on n’a pas 5 mois, nos premiers clients nous ont fait confiance, ils attendent leur t-shirts rapidement, on ne peut pas les rembourser car le tissu est déjà commandé. Par chance, en moins d’un mois, on trouve l’atelier parfait, une petite structure, à moins de 20 minutes de notre fabricant de tissu. Le temps de négocier une entrée imprévue dans son planning de production déjà bien rempli, et ça repart. OUF ! Au final, on a livré nos premiers clients avec jusqu’à plus de 4 mois de retard.

La seconde motivation pour entreprendre, c’est d’un point de vue social. En fait,  souvent, en discutant avec des amis ou des personnes de ma génération, je m’aperçois que tout le monde a plus ou moins identifié les mêmes problèmes au sein de notre société, on regarde dans la même direction, on regarde vers le même objectif, on veut construire la même chose. Et là, beaucoup de différences d’opinion arrivent sur la façon de s’y prendre, sur la manière d’aborder le problème. Au final, un débat stérile et sans fin se met en place, chacun essaie de convaincre l’autre que sa méthode est la moins pire, le temps passe, et rien ne se fait. C’est un peu comme si un groupe d’enfants voulait construire une cabane, tout le monde a la même vision floue du bâtiment fini, mais personne n’est d’accord sur la façon de s’y prendre. Sauf que la journée avance, la nuit arrive vite et le temps presse. Je pense qu’entreprendre, c’est arrêter de discuter et commencer à agir. Au final, la cabane ne ressemblera peut-être pas exactement à celle de l’imaginaire collectif, mais je suis persuadé qu’elle s’en approchera beaucoup.

 

Le Made in France : notion indispensable ou simple argument marketing ?

Le Made in France, c’est une valeur que je défends bec et ongle. Je suis convaincu que c’est une réponse à deux problèmes importants à mes yeux : l’économie et l’écologie.
D’un point de vue économique et social, la délocalisation et le chômage sont de vrais fléaux. Prenez l’exemple de Duralex à Rive de Gier : fermeture en 2008 et 260 suppressions d’emplois. À l’échelle nationale, c’est pas grand chose, mais la spirale se met en marche : fermeture d’usine = fermeture des commerces environnants.
C’est toute la vie de la ville qui s’étouffe, « chaque usine est le poumon d’une ville qui respire beaucoup moins bien quand elle ferme. » Alors se dire qu’on fait des économies en achetant chinois plutôt qu’en achetant français… C’est sûr, le verre au fond duquel on a tous comparé nos âges vaut 2 euros de moins quand il est Made in Chine que Made in Loiret.
Mais combien exactement faudra-t-il verser à tous ces gens qu’on a mis au chômage ou au RSA à cause de nos achats

Produire en France : simple ou belle galère ? 

Énorme galère ! Il y a 30 ans, le secteur du textile en France pesait 600.000 emplois.
Aujourd’hui, 30.000. Il ne reste que les plus importants, ceux qui avaient les structures suffisantes pour laisser passer l’orage. Du coup, les productions de taille plus modeste ne sont plus là pour répondre à de jeunes créateurs qui ne peuvent pas se permettre de lancer une première production de 10.000 pièces.

En Janvier 2016, je suis allé dans la région de Troyes, pour voir ce qu’il s’y passait niveau textile. Après deux jours de visite chez tous les acteurs, j’étais assez satisfait, j’avais trouvé un petit atelier de confection de 3 couturières qui avaient vraiment su m’accorder du temps, du conseil et de l’intérêt. Je suis rentré dans mon Aveyron en attendant de recevoir mes premiers prototypes. À la place de ça, deux semaines plus tard, j’ai reçu un appel de la gérante qui était désolée de m’annoncer qu’elle devait liquider son atelier. Encore et toujours l’ascenseur émotionnel

Au bout d’un certain temps, on a décidé de changer de stratégie. Puisque les grandes usines ne nous portaient que très peu d’intérêt et qu’on sentait qu’on n’arriverait pas à tisser une relation d’entraide et de confiance mutuelle, on est parti dans l’autre extrême à la recherche d’une couturière… Et là tu connais la suite.

 

 

Commencez par la vente de t-shirts : n’est ce pas un pari risque ? pas peur de la concurrence Made in France dans ce secteur ? 

Avec Mathieu, nous rencontrions beaucoup de difficultés, en tant que consommateurs, à trouver des vêtements qui soient conçus proprement. Pour Mathieu et moi, c’est la première aventure entrepreneuriale et on pensait que ce serait bien plus simple de concevoir un t-shirt proprement. Mais établir un circuit de production fiable, une première collection durable et déterminer notre stratégie nous a quasiment pris 8 mois

Je ne ressens pas tellement de concurrence entre les acteurs du Made in France. Au contraire, beaucoup d’entraide, je suis souvent au téléphone avec certains d’entre eux, le réseau et le partage d’expérience sont super importants, on avance beaucoup plus vite et on évite certains pièges. Je pense qu’il serait malsain d’instaurer un climat de concurrence entre nous, et stratégiquement vraiment incohérent. Pour moi, l’objectif n’est pas de dire « mon t-shirt Made in France est meilleur que le tien », mais plutôt de dire « mon t-shirt Made in France est plus éthique et durable qu’un t-shirt importé ». Le marché du Made in France est encore une niche. Il faut se battre pour y sensibiliser un maximum de personnes, continuer de l’agrandir jusqu’à ce qu’il devienne la norme.

 

Vos ventes vous permettent-elles de vous verser un salaire?

Pour l’instant, impossible de sortir un salaire. Nous restons confiants, l’entreprise n’a pas un an, les chiffres sont positifs, tout reste à faire. Cette année, si tout se passe bien, il va y avoir du nouveau. Une nouvelle collection, toujours basique, intemporelle et conçue pour durer dans le temps. Mais aussi sur la fabrication Propre, comme je te disais, on est dans une politique d’amélioration continue et aujourd’hui, concevoir un t-shirt Made in France & Bio ce n’est pas assez à mes yeux. On peut faire mieux et on y travaille.

C’est bien que tu évoques le prix, car c’est un point sur lequel nous passons pas mal de temps. Nous ne souhaitons pas que le t-shirt Propre soit réservé à certains. Un t-shirt conçu proprement a beaucoup plus d’impact si il est accessible au plus grand nombre.  Cette année, nos quantités de commande nous permettent d’avoir plus de poids dans la négociation des tarifs auprès de nos fournisseurs. Notre objectif est de baisser le prix du t-shirt Propre, sans oublier les boutiques physiques qui font le charme de nos centres villes, et sans toucher à notre force : la qualité du t-shirt. Aussi, nous avons fait le choix d’une distribution physique, qui a forcément un cout et un impact important sur le prix final. Un magasin physique a des charges à amortir, beaucoup plus qu’un site internet.

La facilité pour nous, ça aurait été de dire « on ne distribue que sur internet, on oublie les commerces de proximité ». Mais c’est complètement incohérent avec nos valeurs, surtout avec celle du Made in France. Comme je te l’ai dit, pour moi, le Made in France est une solution à deux problématiques, dont celle de l’emploi. Le commerce de proximité ne pèse pas 30.000 emplois en France, comme le secteur du textile, mais 1 600 000 emplois. L’objectif, ce n’est pas de laisser ces personnes de côté, mais de trouver une solution pour que tout le monde s’y retrouve : du producteur de coton jusqu’au client. On s’aperçoit que c’est possible si tout le monde fait un effort.

 

Quelle est la suite de l’aventure ? peux tu nous donner quelques éléments pour l’avenir du t-shirt Propre?

À moyen terme, nous allons poursuivre sur le t-shirt. C’est un bien de consommation courante sur lequel il y a encore beaucoup à faire. Il existe des spécialistes du jean Made in France, de la chaussure, du sous-vêtement, du bonnet Made in France qui le font déjà très bien. Une seconde collection de t-shirt est prévue pour le printemps. Je suis assez content de la tournure que le t-shirt Propre prend cette année, je dois rester assez vague sur le sujet car rien n’est fait, mais nous allons mettre en place des actions concrètes, utiles et uniques qui auront un vrai impact. Je suis assez impatient de présenter tout ca

 

Un grand merci à Fabien pour toutes ses réponses. Avoir le ressenti d’un entrepreneur c’est toujours très intéressant et c est aussi cela qu on aime sur le blog !
On espère pouvoir refaire cet exercice avec d’autres marques 🙂

Retrouvez ici notre article sur l’aventure t-shirt Propre ainsi que l’ensemble de leur produits.

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Nathan

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